Tech&Fest 2026 a confirmé à Grenoble son statut de grand-messe de l’innovation européenne, entre introspection sur la souveraineté technologique et démonstrations très concrètes de ce que le numérique change déjà sur le terrain.
Un festival obsédé par la souveraineté
Pour sa troisième édition, Tech&Fest a assumé un fil rouge unique : la souveraineté, économique, industrielle, énergétique et numérique. Sur les scènes d’Alpexpo, plus de 250 intervenants ont décortiqué la façon dont l’Europe peut reprendre la main sur ses technologies critiques, de l’IA aux réseaux, en passant par l’énergie.
Parmi les têtes d’affiche, Luc Julia, co‑créateur de Siri, est venu doucher les fantasmes d’IA toute‑puissante pour plaider pour des systèmes « cognitifs », contextualisés, plus sobres et utiles que spectaculaires. Gary Shapiro, patron du CES de Las Vegas, a, lui, rappelé que l’Europe n’a plus le luxe d’observer la révolution tech depuis les gradins, en appelant à une stratégie claire pour peser face aux géants américains et chinois.
Bertrand Piccard et le ciel, terrain d’expérimentation climatique
Autre moment fort : la venue de Bertrand Piccard, cofondateur de la Solar Impulse Foundation et pilote de projets emblématiques comme Solar Impulse, qui a survolé le globe à l’énergie solaire. À Grenoble, l’explorateur est venu parler de Climate Impulse, sa nouvelle aventure autour de l’aviation décarbonée, en plaidant pour une innovation « utile » plus que purement spectaculaire.
Dans les allées, ce récit trouvait un écho très concret sur le stand Orange, où un projet de jumeau numérique du ciel est en préparation. L’idée : capter en temps réel l’ensemble des paramètres d’un avion, à l’intérieur comme à l’extérieur du cockpit, et les comparer à une modélisation accessible depuis un centre de contrôle au sol, pour mieux optimiser trajectoires, consommation et sécurité.
Sur la piste : quand la 5G rend le ski cross immersif
À quelques mètres des keynotes très théoriques, Orange transformait une piste de ski cross en laboratoire de réseau. Une caméra miniaturisée fixée sur le casque d’un skieur, connectée en 5G privée, diffusait en direct la descente sur des écrans, avec une latence suffisamment faible pour que le public ait l’impression de dévaler la piste à la première personne.






Techniquement, chaque mètre de la piste est couvert par un réseau dédié qui garantit le débit jusqu’à la régie et au réalisateur, ouvrant la voie à des expériences sportives live beaucoup plus immersives (réalité augmentée, multi‑angles personnalisés, coaching en temps réel). Ce genre de démonstration dit beaucoup de la stratégie d’Orange : faire de la 5G un terrain de jeu expérimental, à mi‑chemin entre divertissement et cas d’usage industriels.
La cybersécurité entre quantique et urgence
Dans les couloirs, un compte à rebours implicite s’affichait : celui du quantique appliqué à la cybersécurité. Le message est désormais bien connu des spécialistes, mais encore largement ignoré du grand public : les données chiffrées aujourd’hui peuvent être stockées, puis déchiffrées demain par des ordinateurs quantiques capables de casser les algorithmes actuels.
Pour répondre à cette menace « store now, decrypt later », Orange Business mettait en avant Quantum Defender, présenté comme le premier service commercial de réseau quantique sécurisé en France, lancé avec Toshiba Europe à l’été 2025. Cette offre combine distribution quantique de clés (QKD) et algorithmes post‑quantiques (PQC) pour protéger les échanges critiques – finance, santé, défense – sur fibre optique, en détectant toute tentative d’interception tout en restant compatible avec les réseaux existants.


Former, responsabiliser, et continuer à communiquer quand tout s’effondre
Le stand Orange jouait aussi la carte du très concret, manette en main. En partenariat avec le lycée Louise Michel de Grenoble et sa section eSport, un espace dédié permettait aux lycéens de montrer qu’un programme eSport peut être autre chose qu’une salle de jeux : un outil pour apprendre le travail en équipe, la gestion du stress, l’hygiène numérique et la responsabilité en ligne. Le message était assumé : former et responsabiliser plutôt que simplement « gamer ».






Dernier temps fort, beaucoup plus sombre : la question de la résilience des communications en pleine catastrophe. Avec sa gamme SafetyCase, Orange Business présentait deux unités mobiles, Crisis Center (environ 200 kg, jusqu’à 20 heures d’autonomie) et Mobile Unit (environ 49 kg, portable) capables de rétablir une première connexion en moins de 30 minutes, même en cas de black‑out électrique, de réseaux coupés ou de territoires isolés. Pensées pour les équipes de secours, collectivités et opérateurs d’infrastructures critiques, ces unités prennent tout leur sens dans un monde où les crises climatiques et cyberattaques deviennent la norme plus que l’exception.




Tech&Fest 2026 se referme donc avec ce double sentiment : celui d’un festival où l’on vient autant écouter Gary Shapiro, Luc Julia ou Bertrand Piccard que tester des cas d’usage très concrets, du ski cross augmenté à la valise réseau de crise. Et, en filigrane, une conviction : la souveraineté technologique européenne ne se jouera pas seulement dans les discours, mais dans la capacité à transformer ces démonstrations en standards industriels.