Carburants durables, e-fuels, biocarburants : comment l’aviation et le maritime comptent réduire leurs émissions carbone

J’ai assisté à la conférence “Biocarburants, e-fuels, carburants durables : quel avenir pour le maritime et l’aérien ?” au salon Mixe, à la Cité internationale de Lyon, et spoiler : la décarbonation du transport lourd, ça avance… mais pas tout seul. Entre ambitions européennes, coûts faramineux et nouvelles habitudes à prendre, on vous raconte ce qui s’est dit, concrètement.

L’Union européenne sort la grosse artillerie verte

On commence avec les grands axes : l’Europe a décidé de serrer la vis aux secteurs de l’aviation et du maritime, deux gros pollueurs historiques (environ 13-14 % des émissions de gaz à effet de serre liées aux transports). Pour l’aviation, le plan s’appelle ReFuelEU Aviation. Concrètement, ça oblige les compagnies à utiliser de plus en plus de carburants durables (les fameux SAF) : 2 % dès 2025, puis 6 % en 2030, et un objectif lunaire de 70 % en 2050.

Le maritime n’est pas épargné avec le règlement FuelEU Maritime : baisse progressive des émissions, obligation de brancher les gros navires à l’électricité dans les ports, et intégration dans le système de quotas carbone de l’UE (l’ETS). Résultat : les armateurs vont devoir payer pour chaque tonne de CO₂ émise. Ça pique ? Oui. Mais ça pousse à changer.

Behrang Shirizadeh (Deloitte) : “Les e-fuels, c’est bien, mais faut se retrousser les manches”

Behrang Shirizadeh, expert chez Deloitte, a mis les pieds dans le plat : les carburants synthétiques (e-fuels) sont clairement la solution pour décarboner des secteurs où l’électrique ne passera pas (les avions long-courriers, les gros porte-conteneurs…). Mais produire des e-fuels ça coûte cher.

Pourquoi ? Parce qu’il faut de l’hydrogène bas carbone (encore cher) et du CO₂ capté, souvent via des technologies coûteuses comme le captage direct dans l’air (DAC). D’ici 2030, le coût de l’hydrogène pourrait encore tourner autour de 3 à 4 $ le kilo. Et l’e-fuel, c’est très énergivore à produire. Bref : la techno est là, mais l’échelle industrielle manque. Et pour y arriver, il faut un vrai coup d’accélérateur : plus d’investissements, des règles communes à l’international et des infrastructures adaptées.

Air France : un billet d’avion, ça paiera aussi pour la planète

Margaux Thoyer Rozat, responsable des achats de carburants durables chez Air France, a détaillé la stratégie de la compagnie pour viser la neutralité carbone dès 2030. Déjà, le gros chantier, c’est le renouvellement de la flotte : investir 2 milliards d’euros par an pour acheter des avions moins gourmands (-25 à -30 % de conso par appareil).

Ensuite, optimiser chaque vol : éco-pilotage, itinéraires directs, poids embarqué allégé. Chaque kilo économisé, c’est du kérosène en moins.

Et surtout, sécuriser l’approvisionnement en SAF avec des contrats longue durée auprès des producteurs. Air France est même dans le top mondial en termes d’engagements sur les volumes de carburants durables.

Mais tout ça, forcément, a un prix. Margaux Thoyer Rozat l’a dit sans détour : une partie du coût carbone est intégrée dans le prix du billet. Entre la taxe de solidarité, les quotas carbone européens et le programme international CORSIA, chaque billet participera à financer la transition. Aujourd’hui, ça se traduit par quelques euros en plus (de 7,40 € à 120 € selon le type de vol), mais ces montants pourraient grimper au fil des ans.

Des défis énormes mais pas impossibles

La conférence a aussi permis de rappeler les (nombreux) défis restants :

Trouver suffisamment de matières premières durables pour produire des biocarburants sans nuire à l’environnement (adieu l’huile de palme, bonjour les résidus agricoles). Massifier la production d’e-fuels et faire baisser les coûts. Développer les infrastructures dans les ports et les aéroports. S’assurer d’une régulation mondiale pour éviter la concurrence déloyale.

Bref, ça ne se fera pas en claquant des doigts. Mais avec des réglementations européennes de plus en plus strictes, des acteurs comme Air France qui jouent le jeu, et une pression croissante sur les armateurs et compagnies aériennes, le virage est amorcé.

Ce qu’il faut retenir : on va tous y passer (dans le bon sens)

La transition énergétique des transports lourds n’est plus une option. Que ce soit via des e-fuels produits à partir d’énergie renouvelable ou des biocarburants de deuxième génération, la décarbonation de l’aviation et du maritime est enclenchée. Oui, ça coûtera cher. Oui, ça va changer nos habitudes (y compris le prix de nos billets d’avion). Mais c’est le prix à payer pour espérer voler et transporter sans (trop) polluer.

La conférence de Lyon nous a rappelé une chose essentielle : la transition, ce n’est pas un truc de spécialistes ou d’industriels. C’est un effort collectif, où chaque euro investi, chaque tonne de CO₂ évitée, chaque geste compte. Alors, prêts à embarquer dans un monde (un peu plus) décarboné ?

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