VivaTech 2025 : immersion dans les nouvelles frontières de la tech

Le salon VivaTech a confirmé son statut de plus grand rendez-vous européen de l’innovation technologique. Cette 9ᵉ édition a rassemblé plus de 4 000 partenaires et 14 000 startups venues du monde entier, offrant un panorama « IA, quantique, blockchain » et un engagement clair en matière de GreenTech et d’« innovation responsable ».

En coulisses, on sentait l’effervescence : déjà l’an dernier, VivaTech avait réuni 165 000 participants, et les organisateurs affirmaient plus de 165 000 visiteurs attendus pour 2025. Sur place, j’ai parcouru les allées du Parc des Expositions, prenant la mesure des grandes tendances de l’année et des influences croisées entre startups et grands groupes.

Energie et fusion nucléaire (projet ITER) à VivaTech

L’enjeu énergétique était omniprésent. Une session intitulée « AI, Nuclear and the Quest for Limitless (Clean) Energy » rappelait que la fusion nucléaire incarnée par le projet ITER est vue comme une piste majeure pour l’avenir énergétique.

En effet, tandis que l’IA saturait les discussions, l’énergie n’était pas oubliée : des experts et startups ont débattu de la fusion comme de « l’énergie des étoiles » capable d’apporter une source d’énergie propre quasi illimitée. ITER lui-même avait un stand actif, où les visiteurs pouvaient interagir avec les chercheurs. L’année dernière encore, Sylvie Retailleau (ministre de l’Enseignement supérieur) était venue soutenir le projet à VivaTech 2024 ; cette fois encore, ITER portait clairement le message de « décarbonation » pour les générations futures.

Deep tech et institutions publiques

La deep tech était incarnée par les acteurs publics. Université Paris-Saclay et ses laboratoires étaient très visibles : sur le stand L24 (hall 1), l’université présentait ses grandes écoles (AgroParisTech, CentraleSupélec, ENS Paris-Saclay, Institut d’Optique) aux côtés de deux instituts de recherche (INRAE et Inria). Ce hub parisien était le cœur d’un écosystème où le CNRS, Inria, et d’autres organismes (Inserm, CNES, etc.) sont réunis au sein d’un cluster Paris-Saclay financé par France 2030.

De fait, le salon faisait la part belle à l’innovation académique : on y trouvait le CNRS et l’INRIA, ainsi que l’initiative HQI dédiée aux startups quantiques, rappelant que la recherche publique nourrit directement les innovations  . À cet égard, la profusion de « stands régionaux » (Auvergne-Rhône-Alpes, Île-de-France, etc.) ne cachait rien : chaque territoire français alignait ses laboratoires et filières technologiques pour renforcer sa visibilité internationale.

Défense, drones et souveraineté numérique

La sécurité nationale prenait aussi le devant de la scène. Le ministère des Armées martelait sa volonté d’être un leader de l’innovation défense – on y parlait explicitement d’IA, de quantique militaire, de guerre de l’information et de cyberdéfense . Son espace (hub 600 m²) présentait des démonstrations pour « renforcer la supériorité opérationnelle » et même pour le recrutement dans l’innovation.

Les industriels étaient là aussi : Thales, par exemple, a dévoilé son projet Vision 4 Rescue, qui transpose sa technologie militaire au secours en milieu civil.

Les visiteurs pouvaient y voir des drones autonomes UAS100 et une « Combat Digital Platform » des solutions militaires ici proposées pour améliorer les secours (visuels temps réel, cartographie de menaces). Ce mariage civil/militaire illustre le glissement : les technologies de défense (robotiques ou IA) trouvent de nouvelles applications civiques, tandis que le discours officiel souligne que l’ordinateur quantique est désormais un enjeu de souveraineté majeure.

Informatique quantique : IBM et enjeu géopolitique

Sur le quantique, IBM tenait la vedette. Au salon, une session « IBM Quantum: State of the Art and Future » promettait de présenter les dernières avancées d’IBM dans les domaines de la découverte de médicaments, la finance ou les matériaux durables. Ce stand rappelait que le quantique n’est plus pure curiosité de labo : c’est un secteur clé pour la R&D.

En parallèle, les autorités françaises confirmaient leur priorité pour le quantique : la ministre des Armées, sur place, insistait sur l’importance de ce domaine pour l’avenir militaire et industriel du pays. Le message était clair : l’ordinateur quantique n’est pas simplement une avancée technique, mais une course mondiale où chaque nation veut « décupler ses capacités de calcul » et sécuriser ses communications critiques.

Robotique et IA : l’ère des agents physiques

La robotique était omniprésente et dopée à l’IA. Dès l’ouverture, le keynote de Jensen Huang (NVIDIA) posait le décor : nous sommes passés à une ère d’IA agency incarnée dans des machines physiques. Partout dans les halls, startups et grands groupes le démontraient. Par exemple, la startup française Boddy présentait « Buddyo », un robot médical autonome équipé de capteurs et d’IA pour surveiller les signes vitaux du patient.

Le chinois Unitree, familier du salon, exhibait ses robots à pattes et humanoïdes ultra-agiles pour inspections industrielles ou secours .

Ce foisonnement technologique justifiait l’organisation, par Bpifrance, d’une session « Humanoid Robots: When AI Becomes Physical », soulignant que les investisseurs sont désormais à l’affût de la « révolution des humanoïdes ». L’impression était claire : À VivaTech, les robots intelligents n’étaient plus des curiosités, mais un paysage familier, de l’usine au service de santé.

Réalité augmentée / mixte et exploration sensorielle

Au fil de mon parcours, j’ai aussi été frappé par les innovations immersives et sensorielles. La réalité augmentée avait ses propres centres d’intérêt : les nouvelles lunettes Ray-Ban Meta (AI) ont suscité un vrai engouement, alors que l’Apple Vision Pro était curieusement aux abonnés absents. On sentait que la tech veut toucher tous nos sens : j’ai croisé des démonstrations d’interfaces haptiques ou olfactives explorant le toucher et l’odorat numériques (bien que peu médiatisées).

Sans annonces tonitruantes, l’expérience sensorielle se fraye discrètement un chemin, qu’il s’agisse de jeux immersifs ou de technologies d’assistance (on pense aux futures lunettes à assistance auditive d’EssilorLuxottica qui ont fait parler d’elles).

Bref, la dimension « multisensorielle » était un petit côté « coulisse » : on la devinait plus qu’on la lisait dans la presse, mais elle contribua à rendre l’événement ludique et surprenant.

Mobilité durable et ville intelligente

La mobilité et la ville de demain étaient également très présentes. Les grands noms du transport (SNCF, RATP, etc.) exposaient leurs plans pour décarboner leurs réseaux, et les acteurs du bâtiment/urbanisme (Bouygues Construction, JCDecaux) mettaient en avant leurs visions de « ville intelligente et durable ».

Citons Orange : sur son stand, on présentait des technologies réseau visant précisément à optimiser la ville connectée. Par exemple, un démonstrateur montrait comment recueillir des données anonymisées de densité de population (« Flux Vision Population Density » API) pour ajuster transports publics ou activités touristiques. Cette application concrète du Big Data permet de préparer les infrastructures urbaines aux pics de fréquentation.

D’une manière générale, on ressentait chez les délégations françaises et partenaires internationaux une volonté de faire de la transition climatique une priorité, y compris dans la mobilité. En revanche, l’automobile « classique » semblait moins en vue : malgré les stands de Renault et de Tesla, j’ai eu le sentiment que les visiteurs portaient moins d’attention au secteur automobile traditionnel, désormais jugé moins disruptif.

Cybersécurité, résilience et souveraineté numérique

La cybersécurité était un fil rouge, surtout dans le contexte géopolitique tendu (conflit en Ukraine, etc.). Orange (partenaire historique de VivaTech) mettait l’accent sur la confiance et la résilience numérique. Son espace « Trusted Network » présentait notamment un cas d’usage de réalité augmentée destiné à sensibiliser aux cyberattaques contre les infrastructures critiques.

En filigrane, on sentait que face aux menaces actuelles, la « robustesse » était plus qu’un buzzword : le salon a montré des solutions d’infrastructures redondantes (satellite/5G) et de chiffrement résilient, ainsi que la « quantique à toute vitesse » voulue par les décideurs pour garantir la souveraineté technologique. Dans un climat d’incertitude, on a vu des démonstrations de dispositifs de sécurité avancés (IA anti-piratage, SaaS sécurisés) et entendu le message : protéger le numérique est devenu aussi vital que l’innovation elle-même.

Un salon toujours plus global

Au bout du compte, VivaTech montrait un enracinement local fort ET une ambition internationale. Près de 50 pays étaient représentés – du Brésil au Nigéria en passant par la Nouvelle-Calédonie avec plus de 160 nationalités sur place. Le Canada, pays mis à l’honneur, tenait une forte délégation (via l’agence Scale AI) axée sur l’IA et l’écologie.

La Chine avait un pavillon géant de 300 m², et du côté du Moyen-Orient, on a vu de multiples pavillons saoudiens, émiratis ou turcs… même des pays comme le Liban ont fait leurs débuts à VivaTech cette année.

Notons aussi le retour de l’Inde (pays en 2022), et l’entrée en scène pour la première fois de pays d’Asie du Sud-Est comme la Thaïlande . Cette internationalisation renforcée (Inde, Golfe, Asie, Afrique) répond au briefing officiel qui annonçait de nouveaux pays participants (USA, Pologne, Nigeria, etc.) et un foisonnement de délégations diplomatiques. Sur le terrain, ça se traduisait par des rencontres avec des responsables étrangers sur chaque stand, et une pluralité de points de vue sur les défis technologiques.

VivaTech continue d’évoluer

VivaTech a confirmé son rôle de carrefour d’innovation où cohabitent grandes entreprises, startups et institutions. Thomas Husson (Forrester) notait justement qu’au salon ce ne sont pas tant des annonces fracassantes que des débats sur l’impact économique, politique et sociétal de la tech qui dominent.

Cette édition a illustré cette idée : au-delà des gadgets, on y voyait bien l’emphase mise sur le deep tech (cybersécurité, défense, quantique) et sur les solutions répondant à l’urgence climatique

Cette nouvelle édition de VivaTech incarne un équilibre entre la vitalité des startups et les enjeux concrets de demain. Comme le soulignait le communiqué, il s’agissait de « façonner les nouveaux territoires de l’innovation ».

De mon point de vue, le salon a achevé son évolution : devenu incontournable, il est désormais un véritable laboratoire en grandeur nature de nos futur technologiques. Rendez-vous est déjà pris pour l’édition prochaine, avec la même ambition de redéfinir en direct le visage de la tech mondiale.

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