7 Mar 2026, sam

Festival Ça Presse 2026 : Infobesité, flux sans fin…comment survivre au trop-plein d’actu ?

J’étais au festival Ça Presse 2026, et franchement, la conférence “Infobesité et fatigue informationnelle : comment résister” m’a un peu retourné le cerveau dans le bon sens. Pendant le débat sur scène, les dessinateurs de presse Sie, Besse, Pinel et Cattelain croquaient la salle en direct, transformant les idées en images avec une fluidité qui donnait presque l’impression que l’info, là, était enfin digeste.

On est tous sous perfusion d’actu. Et on le sait.


Commençons par un chiffre qui fait mal : les trois quarts des Français suivent l’actualité avec attention. Pas de désintérêt généralisé, pas d’apathie citoyenne. Au contraire. Mais voilà le truc : de plus en plus de gens ressentent ce sentiment pesant d’avoir à s’informer, comme une obligation, une corvée, un stress de fond. La nuance est énorme.
Depuis une vingtaine d’années, la saturation s’installe. Nos écrans sont devenus des machines à éditions spéciales en continu, sans hiérarchie claire, sans diversité réelle. Résultat ? La moitié des Français se déclarent en état de fatigue informationnelle, et une part significative se sent carrément submergée par le flux permanent.

BFM, 20 millions de téléspectateurs, et la spirale de l’attention


Pour illustrer ce moment de sidération collective, les intervenants ont sorti quelques chiffres vertigineux. Un dimanche récent, près de 20 millions de Français se sont branchés sur BFM TV, avec une moyenne de 11 minutes de visionnage. Dans la même semaine, plus de 10 millions regardaient les journaux télévisés de France Télévisions.
Ce n’est pas anodin. Ces pics d’attention massive autour d’un événement unique (une attaque, un conflit, une crise) ont littéralement doublé les indicateurs d’intention des gens de consommer de l’info. C’est ce que les chercheurs appellent la contagion de l’attention : un événement capte tout, aspire tout, et laisse peu de place au reste.

Dans la salle : une directrice de l’ObSoCo, un journaliste politique, et des vraies questions


La conférence réunissait deux profils complémentaires et franchement intéressants :
∙ Guenaelle Gault, une directrice générale d’institut d’opinion, spécialiste des émotions collectives et des pratiques d’information avec en bonus une casquette de directrice de collection aux éditions Sciences. Elle a apporté les données, les tendances, le regard sociologique.
∙ Antoine Comte, journaliste politique de France Télévisions, ancien de la presse régionale, qui était en plateau au moment du déclenchement d’un conflit majeur. Il a raconté l’envers du décor : comment on se prépare à l’imprévisible, comment on anticipe sans jamais vraiment pouvoir tout anticiper.


“Chaque week-end, on a les alertes qui reviennent. Quand on est journaliste, on prépare une éventualité. On sait que certains sujets peuvent surgir à tout moment.”


Ce témoignage a mis le doigt sur quelque chose d’essentiel : derrière le flux incessant d’informations, il y a des femmes et des hommes qui gèrent l’urgence, construisent des récits dans l’instant, avec les outils qu’ils ont et parfois sans filet.

Et pendant ce temps-là, Sie, Besse, Pinel et Cattelain dessinaient tout ça


C’était l’un des moments les plus forts du festival. Pendant que les intervenants parlaient de saturation et de flux incontrôlable, les quatre dessinateurs de presse Sie, Besse, Pinel et Cattelain immortalisaient la conférence en temps réel à la main, au trait, avec humour et précision.
Un pied de nez magnifique à l’infobesité : face à l’image numérique qui se duplique à l’infini, voilà quatre artistes qui proposaient une information lente, incarnée, unique. Chaque dessin, une seule occurrence. Chaque trait, une lecture du monde irremplaçable.

Chaînes d’info : la dérive de la politisation


Le journaliste de France Télévisions n’a pas mâché ses mots sur l’évolution des chaînes d’info en continu. Il a rappelé qu’il y a eu un avant et un après dans le traitement de l’information notamment après les erreurs graves commises lors de la couverture des attentats, où la course au scoop avait failli coûter la vie à des otages en révélant des informations sensibles en direct.
Depuis, les standards ont évolué. Mais une nouvelle dérive s’est installée : la politisation des chaînes d’info. L’exemple de CNews a été cité frontalement, une ligne éditoriale clairement orientée, régulièrement sanctionnée par l’Arcom, et où les plateaux réunissent le plus souvent des chroniqueurs qui partagent les mêmes convictions. La caution contradictoire, quand elle existe, sert surtout de faire-valoir.


“C’est le café de commerce qui passe à la télé. On oublie le sens premier du journalisme : informer les gens avec une information fiable, de qualité et vérifiée.”


Une critique sévère, mais assumée. Et qui touche à quelque chose de profond : quand l’info devient un produit idéologique calibré pour son audience, elle cesse d’informer pour commencer à conforter.

La vérification, ce truc old school qui prend du temps (et qui sauve tout)


Autre sujet qui a fait réagir la salle : la course à la vitesse versus la rigueur de vérification. Antoine Comte a expliqué que France Télévisions assume parfois d’arriver après les autres, parce que diffuser une vidéo non vérifiée, même si elle circule partout sur les réseaux, n’est tout simplement pas une option.


“On peut paraître en retard. Vous allez voir une info sur BFM, vous ne la trouvez pas chez nous. Parce qu’on a demandé à vérifier si cette vidéo est authentique. On ne la publie qu’une fois qu’on sait qu’elle est vraie.”


Dans un paysage médiatique où certaines chaînes diffusent des contenus sans filet de sécurité éditorial, cette posture ressemble presque à de la résistance. L’investigation prend du temps. La vérification prend du temps. Et ce temps-là, il a une valeur que le flux continu a tendance à effacer.

“Les Français se désengagent” : les données qui inquiètent


C’est Guénaelle Gault, directrice d’institut d’opinion qui a pris le relais avec une enquête inédite sur la fatigue informationnelle, un concept né d’une observation de terrain, bien avant qu’il ne devienne un sujet de débat public.
Tout a commencé autour du Covid. Des Français qui revenaient spontanément vers les chercheurs pour dire : “Je ne regarde plus les réseaux sociaux, c’est trop anxiogène”, “Je n’allume plus la télé, je ne supporte plus les points presse du soir.” Puis la présidentielle a amplifié le phénomène : des citoyens qui coupaient volontairement avec l’info au moment précis où le débat démocratique était censé battre son plein. Un paradoxe inquiétant.


Les chiffres récoltés lors du conflit en Ukraine ont aussi mis en lumière une fracture de confiance profonde : seul un tiers des Français estimait que les médias les avaient réellement aidés à comprendre ce qui se passait et à se forger une opinion. Un tiers. Sur un conflit qui a mobilisé une couverture médiatique historique.
C’est à partir de ces constats, nourris par les travaux de l’Observatoire des médias et de la Fondation pour la presse, que l’enquête sur la fatigue informationnelle a été construite. La troisième édition arrive cette année, et elle devrait confirmer ou infirmer si les tendances observées sur l’Ukraine se reproduisent sur d’autres crises. On guette.

Alors, comment on résiste ?


Pas de solution miracle sortie de conférence, ce serait trop simple. Mais quelques pistes ont émergé :
∙ Reprendre le contrôle de sa consommation : choisir ses sources plutôt que de les subir.
∙ Accepter de ne pas tout savoir : le sentiment de devoir tout suivre en temps réel est une construction, pas une nécessité.
∙ Ralentir l’information : favoriser les formats longs, les analyses, les médias qui prennent le temps d’expliquer.
∙ Cultiver la diversité des sources : éviter la chambre d’écho, même quand le flux continu d’une seule chaîne est rassurant.


Et peut-être, tout simplement, regarder de temps en temps un dessinateur de presse capter l’essentiel en quelques coups de crayon. Ça remet les idées en place.

By Mallys

Je m'intéresse de près aux nouvelles technologies et aux mutations digitales. Je défends l'idée que plusieurs futurs sont possibles et qu'il est urgent de remettre de l'humain dans la technologie.

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