À l’occasion de VivaTech à Paris, Sir Tim Berners-Lee, inventeur du World Wide Web et cofondateur d’Inrupt, a lancé un avertissement clair sur l’évolution actuelle de l’intelligence artificielle. Selon lui, les assistants IA construisent progressivement des dossiers numériques extrêmement détaillés sur chaque utilisateur grâce aux mécanismes de mémoire, d’apprentissage contextuel et de personnalisation.
Lors de son intervention, Tim Berners-Lee a rappelé que chaque interaction avec une IA contribue à enrichir un profil numérique contenant préférences, habitudes, données financières, historiques de navigation et parfois même des informations sensibles. Pour le pionnier du Web, le véritable enjeu n’est pas seulement la puissance de l’IA, mais la propriété des données qui l’alimentent.
Les modèles d’intelligence artificielle deviennent plus performants grâce à leur capacité à mémoriser les informations fournies par les utilisateurs. Cette mémoire améliore l’expérience, mais crée également un risque majeur : la concentration des données personnelles dans les plateformes technologiques.
Tim Berners-Lee estime que le modèle dominant repose sur une logique où les entreprises contrôlent les données tandis que les utilisateurs n’ont qu’une visibilité limitée sur leur utilisation. Cette situation reproduit les dérives déjà observées avec les réseaux sociaux et l’économie de l’attention.
Selon lui, la question fondamentale est désormais la suivante : qui possède réellement les données utilisées pour entraîner et personnaliser l’intelligence artificielle ?
Depuis plusieurs années, Tim Berners-Lee travaille sur une alternative basée sur le projet Solid et la société Inrupt. L’objectif est de permettre aux individus de stocker leurs données personnelles dans des espaces sécurisés qu’ils contrôlent eux-mêmes.
Dans cette vision, les applications et les agents IA ne conservent plus les données des utilisateurs. Ils y accèdent uniquement avec une autorisation explicite et révocable. L’utilisateur peut ainsi décider quelles informations partager, avec qui et pendant combien de temps.




Cette approche vise à créer un Internet où les personnes restent propriétaires de leurs données, même lorsqu’elles utilisent des outils d’intelligence artificielle avancés.
L’arrivée des agents IA autonomes change profondément la nature de la relation entre l’humain et la technologie. Ces systèmes peuvent gérer des tâches complexes, organiser des informations, prendre des décisions ou effectuer des achats au nom de l’utilisateur.
Pour Tim Berners-Lee, plus les agents deviennent intelligents, plus ils ont besoin d’accéder à des données personnelles. Sans garde-fous, cette évolution pourrait renforcer la dépendance des utilisateurs envers quelques grandes plateformes technologiques.
Son message à VivaTech est clair : l’intelligence artificielle doit travailler pour les individus sans devenir propriétaire de leur identité numérique.
Depuis l’invention du Web en 1989, Tim Berners-Lee défend un Internet ouvert, décentralisé et contrôlé par ses utilisateurs. Ces dernières années, il a multiplié les prises de position contre la concentration des données et le pouvoir croissant des géants technologiques.
Son intervention à VivaTech s’inscrit dans cette continuité. Selon lui, l’IA représente une opportunité extraordinaire pour l’humanité, mais seulement si les principes fondamentaux de liberté, de transparence et de souveraineté numérique sont préservés.
Le message de Tim Berners-Lee peut être résumé en une idée simple : l’avenir de l’intelligence artificielle ne dépend pas uniquement de ses capacités techniques, mais aussi de la manière dont les données personnelles seront protégées.
Alors que les assistants IA deviennent omniprésents dans la vie quotidienne, le créateur du Web appelle entreprises, gouvernements et citoyens à construire un modèle où chacun conserve la maîtrise de son identité numérique.
Pour lui, l’IA peut être utile, performante et personnalisée sans pour autant posséder les utilisateurs. C’est cette vision d’un Web plus respectueux des individus qu’il continue de promouvoir à l’ère de l’intelligence artificielle.