À VivaTech 2026, il y avait les discours attendus sur la souveraineté numérique, l’IA générative et la géopolitique tech. Et puis il y avait Netflix. Sur la Stage One du salon parisien, Elizabeth Stone, Chief Product & Technology Officer de la plateforme, a pris la parole face à Steven Levy, rédacteur en chef de Wired, pour raconter une mutation en cours : celle d’un service de streaming devenu quelque chose de beaucoup plus vaste.
La phrase de Stone qui résume tout est limpide :
Le divertissement n’est plus une seule chose. Ce n’est plus seulement les films et les séries. C’est les jeux. C’est le contenu en direct. C’est le contenu créé par des créateurs.
En clair, Netflix ne veut plus être une bibliothèque de contenus. La plateforme entend devenir le guichet unique du temps libre.
Stone a ouvert la session en posant un constat historique. Il y a seize ans, un dirigeant de Time Warner tournait Netflix en ridicule, le comparant à “l’armée albanaise qui voulait conquérir Hollywood”. Aujourd’hui, Time Warner n’existe plus, et Netflix produit des contenus pour près d’un milliard de personnes. La démonstration de force est éloquente.
Mais l’enjeu n’est plus de battre Hollywood. Il est de redéfinir ce qu’est une plateforme de divertissement au 21e siècle. Pour Netflix, la réponse passe par la convergence : séries originales, sports en direct, jeux vidéo accessibles dans l’abonnement, podcasts, tout dans une seule interface, sur un seul abonnement. Les consommateurs, explique Stone, ont arrêté de considérer le divertissement comme un produit unique. Netflix a tiré la conséquence logique de ce constat.
Le sujet le plus saillant de la session a été celui des droits sportifs. Steven Levy a mis Stone face à une question directe : les droits NFL sont parmi les contenus les plus chers qui soient. Est-ce que le jeu en vaut vraiment la chandelle ? La réponse de Stone tient en un argument : la portée mondiale. Un diffuseur national ne peut pas offrir à la NFL une audience internationale. Netflix, si. La plateforme peut emmener un match de football américain là où aucune chaîne domestique n’irait, y compris des matchs exhibition à l’étranger.
C’est un positionnement clair dans la bataille pour les droits sportifs face à Amazon Prime Video ou Apple TV+. Netflix ne veut pas juste diffuser du sport, elle veut en faire un levier d’expansion internationale.

Sur l’intelligence artificielle, Elizabeth Stone a tracé une frontière que beaucoup d’acteurs du secteur peinent à définir. Netflix personnalise l’expérience en s’appuyant exclusivement sur les comportements au sein de la plateforme : ce qu’un utilisateur a regardé, terminé, noté. Aucune donnée externe n’est utilisée. Stone a présenté l’IA générative comme une évolution supplémentaire, construite sur des décennies d’apprentissage machine, mais toujours encadrée par cette philosophie.
Sur la création de contenus, la position est tout aussi tranchée : Netflix se positionne du côté des outils. Ceux qui veulent utiliser l’IA dans leur processus créatif peuvent le faire. Ceux qui refusent sont tout autant soutenus. La plateforme ne veut pas décider à la place des créateurs.
Interrogée sur la hausse tarifaire, de 12 à 22 dollars pour l’abonnement standard américain, Stone a défendu la valeur délivrée sans détour. L’élargissement de l’offre justifie l’évolution du prix, selon elle. C’est la logique de la plateforme totale : plus on couvre de formats, plus l’abonnement est difficile à remettre en question.
VivaTech, cette semaine à Paris Expo Porte de Versailles, aura été le lieu d’une prise de position nette de Netflix. Pas une annonce produit, pas un chiffre de croissance, une vision. Celle d’un acteur qui ne veut plus être comparé à un autre streamer, mais à l’ensemble du temps disponible de ses utilisateurs.
Crédit photo : Vivatech 2026