La saison 7 de Black Mirror débarque sur Netflix avec six épisodes aussi variés qu’inquiétants, signant le retour de l’anthologie dystopique de Charlie Brooker dans une veine plus quotidienne que jamais.
Le premier volet, Common People, nous brise le cœur en jouant sur la promesse et le danger d’une technologie médicale à abonnement, pendant que le deuxième, Bête Noire, explore les dérives d’une IA capable de réécrire la réalité comme un joueur de Sims vengeur.
Entre abonnements façon Prime/Netflix, microtransactions inspirées du jeu vidéo et compilateur quantique de réalités alternatives, cette nouvelle fournée interroge notre rapport au progrès et rappelle qu’il faut replacer l’humain au centre de la machine.
On mate ou on zappe ?
Black Mirror, lancée en 2011 sur Channel 4 puis reprise par Netflix en 2015, est depuis devenue une référence mondiale de la science-fiction dystopique, posant un regard critique sur l’impact des technologies sur nos vies.
Derrière cet univers sombre se cache Charlie Brooker, satiriste et showrunner anglais qui écrit la majorité des épisodes et en assure la production exécutive.
Avec cette septième saison, Brooker continue de sonder nos angoisses contemporaines en six récits sans lien narratif direct, chaque épisode étant une histoire à part entière.
Épisode 1 : Common People
Cet épisode d’ouverture met en scène Amanda, une enseignante victime d’une tumeur cérébrale, et Mike, son mari désespéré, qui souscrit à Rivermind, un système high‑tech garantissant le maintien de ses fonctions vitales… contre un abonnement sans cesse croissant.
Découpé à la manière d’un thriller médical, Common People m’a particulièrement ému par la douleur et l’amour sacrificiel qui habitent les deux protagonistes, jusqu’à la révélation d’un véritable pacte faustien du soin en abonnement.

La mécanique d’abonnement façon Prime ou Netflix (ici appelée Rivermind) rappelle à quel point ces formules « illimitées » peuvent rapidement se transformer en piège. Quant aux extras facturés en sus, analyses poussées, interventions supplémentaires, ils évoquent les microtransactions que les abonnés à un contenu digital type Netflix ou joueurs de jeu vidéo achètent pour débloquer du contenu ou des options premium, sans quoi ils se retrouvent bloqués dans leur quête de progression. En filigrane, l’épisode renvoie une image glaçante de notre société monétisée jusqu’au moindre souffle.
Épisode 2 : Bête Noire
Comme tout bon épisode de Black Mirror, Bête Noire dérape rapidement. Maria, chercheuse culinaire, voit son quotidien chamboulé par la réapparition de Verity, une ancienne camarade de classe, désormais détentrice d’un compilateur quantique capable de réécrire la réalité à volonté.
Cet artefact, piloté par un pendentif, allie IA et technologie quantique pour modifier les souvenirs et les faits comme on change de chaîne TV, plongeant Maria dans une paranoïa croissante.

Critique : l’épisode, aussi brillant soit-il, souffre parfois d’une accélération trop brutale de l’intrigue et d’une empathie limitée pour une protagoniste peu sympathique, à l’égo surdimensionné. Néanmoins, la dimension gaslighting parable, cette manipulation sournoise de la vérité, fonctionne à plein régime, posant la question des fake news et de la fragilité de nos certitudes.

Épisode 3 : Hotel Reverie
Le troisième épisode, Hotel Reverie, nous plonge dans une relecture immersive d’un film romantique des années 40 grâce à Redream, une IA de simulation cinématographique révolutionnaire. Brandy Friday (Issa Rae), actrice hollywoodienne de premier plan, endosse le costume du Dr. Alex Palmer dans un film en noir et blanc, où elle tombe amoureuse de Clara, interprétée à l’écran par Dorothy Chambers (Emma Corrin).
L’alchimie entre Rae et Corrin, intensifiée par des exercices d’improvisation menés avant le tournage, rend leurs échanges poignants et crédibles, malgré le cadre ultra‑artificiel de l’expérience.

Techniquement, Redream combine intelligence artificielle et rendu cinématographique en temps réel pour recréer l’esthétique et la narration d’un film d’époque. Cette technologie permet à Brandy de naviguer entre plusieurs scènes clés, d’improviser des répliques et même de modifier le dénouement, bouleversant le script original. L’immersion est totale : chaque décor, chaque costume et chaque éclairage sont générés dynamiquement, offrant un aperçu fascinant (et inquiétant) des possibles d’une IA au service de la création artistique.
Cependant, si l’épisode séduit par son hommage manifeste à “San Junipero” et son exploration fine de la nostalgie et de la quête de seconde chance, il souffre parfois d’un rythme inégal. Le passage d’une scène à l’autre peut paraître abrupt, et certains choix narratifs manquent de profondeur, laissant le spectateur osciller entre émerveillement et frustration.
La chute, douce‑amère, où Brandy reçoit un téléphone lui permettant de joindre Dorothy dans le monde réel sans que celle‑ci ne se souvienne d’elle, est toutefois une brillante conclusion, à la fois triste et porteuse d’un espoir délicat.
Hotel Reverie confirme que Black Mirror sait toujours mêler prouesses technologiques et drames intimes, même si l’équilibre entre style et fond reste parfois délicat. L’épisode invite à réfléchir sur la frontière ténue entre création et manipulation, et sur le pouvoir émotionnel d’une IA capable de réinventer nos récits.
Les technologies en question
La saison met en scène des abonnements à l’infini, comme Rivermind, Prime ou Netflix, où même le droit de respirer devient potentiellement un service premium, tandis que les microtransactions et autres « extras » issus du gaming s’invitent dans la santé pour débloquer analyses poussées ou interventions spécifiques, sous peine de se retrouver bloqué dans sa propre quête de survie.
À cela s’ajoute l’IA et la compilation quantique, capables de modifier les souvenirs et la réalité à volonté, faisant basculer la fiction dans un cauchemar où chaque vérité peut être réécrite.
Enfin, se pose la question cruciale de l’éthique : comment empêcher ces technologies, pourtant porteuses de promesses révolutionnaires, de devenir des outils de contrôle ou de vengeance ?
Mon avis
Cette septième saison de Black Mirror continue de creuser la veine sociale de la série, en illustrant comment nos innovations les plus prometteuses peuvent se retourner contre nous lorsqu’elles sont dévoyées par la soif de profit ou l’égo humain.
Il est plus que jamais urgent de replacer l’humain au cœur de la technologie, en posant des garde‑fous éthiques et légaux. Et si ces technologies venaient à exister ? Que feriez‑vous ? Qu’avez‑vous pensé de cette nouvelle saison ?
