Interview Angie GAUDION (Framasoft) : « Le logiciel libre, c’est rendre le pouvoir aux utilisateurs »
À l’heure où les géants du numérique, les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), régentent nos vies digitales, une autre voie émerge, plus éthique, plus transparente, plus respectueuse des libertés individuelles : celle du logiciel libre. Pour en parler direction les Nuits Sonores Laboù j’ai rencontré Angie Gaudion, membre active de Framasoft, une association phare de l’éducation populaire aux enjeux numériques et aux communs culturels.
« Le logiciel libre, c’est rendre le pouvoir aux utilisateurs »
D’entrée de jeu, Angie pose les bases :
« Le logiciel libre est un outil numérique dont la licence permet aux utilisateurs de l’utiliser, le copier, le modifier, et d’accéder à son code source pour vérifier ce que fait réellement le programme. »
À l’opposé des logiciels propriétaires, souvent opaques et verrouillés, les logiciels libres misent sur la transparence, la liberté d’usage, et surtout la confiance. Là où les GAFAM imposent leur architecture fermée et monétisent chaque donnée, le libre repose sur le partage et l’autonomie des utilisateurs.
PeerTube : l’alternative libre à YouTube
Framasoft ne se contente pas de sensibiliser : elle agit. Parmi ses projets phares, PeerTube, une plateforme de vidéos décentralisée, conçue comme un antidote à YouTube.
« PeerTube, c’est une alternative aux plateformes comme YouTube ou Vimeo. C’est un logiciel décentralisé, il n’existe pas un seul PeerTube, mais plein d’instances interconnectées. »
Chaque utilisateur, chaque organisation peut héberger sa propre instance PeerTube, contribuant ainsi à un écosystème vidéo plus résilient et plus respectueux de la vie privée.
Et aujourd’hui, le projet franchit une nouvelle étape : le développement d’une application mobile.
« Jusque-là, PeerTube était accessible uniquement via un site web. On vient de lancer une campagne de financement participatif pour développer une application qui le rendra plus accessible au grand public. »
Framasoft PeerTube crowdfunding
Peux-tu nous en dire un peu plus sur le développement de PeerTube ?
Aujourd’hui, on travaille sur une application mobile. L’idée, c’est de permettre aux créateurs et créatrices de vidéos de pouvoir publier leurs contenus facilement, directement depuis leur smartphone. Rendre PeerTube plus accessible, c’est aussi toucher un public plus large et favoriser l’autonomie numérique.
À ton avis, quels sont les aspects de l’éthique du numérique que les gens ont tendance à mal comprendre ?
Ce n’est pas qu’ils comprennent mal, c’est surtout qu’ils ne savent pas que des alternatives existent. Les projets libres n’ont pas les moyens marketing des géants du web. Ils ne peuvent pas se rendre visibles à grande échelle. Le vrai défi, c’est de mettre ces solutions entre les mains des gens, de les faire connaître.
Et si tu devais convaincre quelqu’un de passer au libre en 30 secondes ?
Je dirais : « Tu veux vraiment mettre tous tes œufs dans le même panier numérique ? Non ? Alors varie les outils ! Essaie plusieurs alternatives au lieu de tout confier à Google ou Microsoft. Diversifie, et tu garderas un minimum de contrôle sur ta vie numérique. »
Quel rôle pourrait jouer l’Europe dans le soutien à une alternative éthique et décentralisée aux GAFAM ?
Je pense que l’Europe devrait vraiment proposer une autre voie, et arrêter de simplement suivre ce que font les puissances dominantes… avec du retard en plus. Mais honnêtement, je ne suis pas très optimiste quant à sa capacité réelle à le faire. Chez Framasoft, on partage ce scepticisme.
Si un tel soutien devenait un vrai enjeu politique, il faudrait repenser profondément le modèle de société européen. Parce qu’adopter massivement des alternatives libres, c’est remettre en question une société fondée sur la concurrence et l’exploitation. Le numérique n’est qu’un petit bout de tout ça, mais c’est révélateur de changements bien plus profonds à engager.
Dans ce dialogue passionné, Angie nous rappelle que le numérique est un levier politique, social, et culturel. Le logiciel libre n’est pas juste une alternative technique : c’est une autre vision du monde.
Le numérique : un enjeu politique
Ce que rappelle Angie, au-delà de la technique, c’est que le numérique est un terrain politique. Choisir un logiciel libre, c’est choisir une autre manière d’interagir avec le monde digital. C’est refuser de se faire tracer, profiler, manipuler. C’est reprendre la main.
Alors, la prochaine fois que vous lancez une recherche, partagez une vidéo, ou utilisez un service en ligne, posez-vous la question : et si une alternative libre existait ?
Pour en savoir plus sur PeerTube et soutenir le projet c’est par ici
Je m'intéresse de près aux nouvelles technologies et aux mutations digitales. Je défends l'idée que plusieurs futurs sont possibles et qu'il est urgent de remettre de l'humain dans la technologie.
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