3 Juin 2026, mer

La fin des critiques ? Quand les algorithmes dictent nos goûts

Dans notre époque saturée de contenus, chacun semble pouvoir donner son avis sur tout : un film, un restaurant, une exposition ou même un parfum. Merci Google Avis. Les réseaux sociaux regorgent d’influenceurs qui construisent leur notoriété sur leurs jugements, souvent habilement mis en scène pour séduire des communautés fidèles.

À cela s’ajoutent désormais les intelligences artificielles, capables de produire en quelques secondes des textes d’analyse, des recommandations culturelles ou gastronomiques, au point de mimer, parfois avec brio, le travail de la critique traditionnelle. On pourrait donc se demander : à quoi sert encore un critique professionnel ?


La question mérite plus qu’un constat désabusé. Car si l’avis est devenu une marchandise facile à produire et partager, il a aussi perdu de sa valeur. Derrière l’influenceur, il y a souvent des partenariats commerciaux qui biaisent la sincérité du discours. Merci les réseaux sociaux.

Derrière l’IA, il y a une machine qui assemble des données préexistantes sans expérience vécue, sans subjectivité incarnée. Or la force de la critique ne réside pas simplement dans la formulation d’une opinion, mais dans sa profondeur : un critique éclaire, contextualise, relie une œuvre ou un produit à une histoire, à une sensibilité, à un regard personnel qui prend des risques.


La critique est aussi un exercice de transmission. Elle ne se contente pas de dire “c’est bien” ou “c’est mauvais”, mais elle explique pourquoi, avec quels critères, et parfois en confrontant ses propres émotions à des références culturelles, sociales ou philosophiques. Cette valeur explicative, pédagogique, reste difficilement remplaçable par un influenceur qui parle avant tout à partir de lui-même, ou par une IA qui compile mais ne vit pas. La critique n’est pas seulement un avis : c’est une conversation, une invitation au lecteur à penser autrement.


Cela ne veut pas dire que la critique peut ignorer les bouleversements actuels. Elle doit se réinventer, dialoguer avec ces nouvelles formes de production d’opinion, parfois même les utiliser comme matière première : répondre à un fil TikTok, corriger ou prolonger une synthèse de l’IA, offrir des clés là où le flux se contente de surface. Peut-être que sa fonction est désormais moins d’imposer un jugement que de donner du relief, de la nuance, dans une époque où chacun clame la sienne sans toujours prendre le temps de réfléchir.


Alors, qui a encore besoin de critiques ? Nous tous, précisément parce que nous sommes abreuvés d’avis instantanés et d’analyses automatisées. Le critique garde une place nécessaire, non pour rivaliser avec la vitesse des machines et la popularité des influenceurs, mais pour restituer une valeur que ni l’un ni l’autre ne saura pleinement offrir : la profondeur d’un regard humain singulier.

Qu’en pensez-vous ?

Laisser un commentaireAnnuler la réponse.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

← Retour

Merci pour votre réponse. ✨

En savoir plus sur Mallys & Digital Creative Media

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

Quitter la version mobile