La Servante Écarlate s’est terminée il y a moins d’un an. On pensait souffler. Raté. Gilead revient et cette fois, elle nous regarde droit dans les yeux à travers ceux de ses filles.
The Testaments est disponible sur Disney+ depuis le 8 avril 2026, avec les trois premiers épisodes en ligne d’un coup, puis un épisode chaque mercredi jusqu’au 27 mai. Dix épisodes pour plonger à nouveau dans l’un des univers les plus dérangeants et les plus nécessaires de la télé contemporaine.
The Testaments déplace entièrement le point de vue : on quitte June, incarnée par Elisabeth Moss, pour suivre sa fille Agnes, interprétée par Chase Infiniti. L’adolescente a grandi dans un monde aseptisé, aux codes parfaitement intégrés, loin de toute référence familière.
C’est là que la série devient vraiment terrifiante. June savait ce qu’elle avait perdu. Agnes, elle, ne sait même pas qu’il y avait quelque chose à perdre. Gilead n’est pas sa prison c’est sa réalité. Et regarder quelqu’un vivre normalement dans l’horreur, c’est bien plus insupportable que de regarder quelqu’un se battre contre elle.
La série adopte trois perspectives différentes : Agnes, adolescente de Gilead aux origines complexes ; Daisy, une jeune femme ayant grandi à Toronto avant qu’un drame ne la laisse sans ressources ; et Tante Lydia, qui gère désormais l’école préparatoire des futures épouses les «Green », en référence à la couleur verte de leurs robes.
Trois voix. Trois rapports à Gilead. Zéro manichéisme facile. C’est ce qui distingue The Testaments du simple spin-off paresseux.
On ne va pas faire semblant. Regarder The Testaments en ce moment, c’est inconfortable pour des raisons qui dépassent largement la fiction.
La religiosité et le tabou sur la sexualité dans lesquels ces jeunes femmes sont éduquées résonnent fortement avec le puritanisme américain qui effectue un retour terrifiant. Dans un régime qui essentialise les femmes, leur apprentissage apparaît comme une diversion en attendant le plus important : leurs premières règles.
Et la série ne détourne pas le regard. Jamais une série n’avait filmé les règles féminines de façon aussi simple et réaliste. Pas de métaphore, pas de pudeur mal placée. Juste la réalité d’un corps de femme traité comme une ressource dans un régime, et filmé avec dignité dans une série. Le contraste dit tout.
C’est toute l’effervescence culturelle et politique autour de The Handmaid’s Tale qui avait d’ailleurs inspiré Margaret Atwood à écrire The Testaments en 2019, alors que la série originale était encore en cours de diffusion. La boucle est bouclée. L’œuvre nourrit la réalité qui nourrit l’œuvre. C’est rarement aussi évident et aussi flippant.
Visuellement, The Testaments reprend les codes de La Servante Écarlate (jeux de caméra, points de vue) tout en s’en éloignant en prenant le parti de se concentrer sur des adolescentes. L’esthétique est reconnaissable, mais le ton change. Moins de rouge, plus de vert. Moins de violence frontale, plus d’oppression diffuse.
Pour incarner Agnes, Chase Infiniti a étudié les logiques d’adhésion des environnements fermés afin de comprendre ce que signifie grandir sans distance critique. Ça se sent dans chaque regard, chaque silence. Elle ne joue pas une victime. Elle joue quelqu’un qui ne sait pas encore qu’elle pourrait résister.
Le régime est toujours là mais il pourrit de l’intérieur. Et c’est cette lente décomposition, plus que les révolutions spectaculaires, qui rend la série addictive. Gilead ne s’effondre pas. Elle se fissure. Et on colle l’oreille au mur.
Honnêtement ? La multiplicité des points de vue a un revers : toutes les trajectoires ne produisent pas la même intensité. Certains arcs mettent du temps à chauffer. Les fans du roman auront aussi quelques points de friction, les problèmes de temporalité entre les personnages ne collent pas toujours avec le livre.
Mais sur le fond, la série assume ses choix narratifs et tient la route.
The Testaments n’est pas là pour combler un vide commercial. Elle est là parce que l’histoire n’était pas finie et parce que le monde dans lequel on la regarde en 2026 lui donne une résonance qu’on aurait préféré ne pas avoir.
A dévorer d’une traite. Inconfortable dans le bon sens du terme. Béni soit le fruit.
bonjour, comment vas tu? je suis justement en train de regarder la dernière saison de la Servante Ecarlate avant d’embrayer sur The Testaments. passe une belle soirée et à bientôt!