3 Juin 2026, mer

Thy était en réalité une IA : l’animatrice-robot qui a trompé les auditeurs

Imaginez : depuis novembre 2024, vous cadrez votre trajet en métro sur les ondes de CADA, dans la banlieue de Sydney, en mode « Workdays with Thy ». Derrière cette voix fraîche, qui balance hip-hop, R&B et pop avec une aisance déconcertante, ne se cache pas une vraie animatrice, mais… une IA. Thy, jeune femme asiatique ultra-diverse sur le papier, n’a jamais mis les pieds en studio ni signé de contrat : elle est le fruit d’algorithmes et de la technologie ElevenLabs. 

Le concept ? Un flux de quatre heures, du lundi au vendredi, où « Thy » promet de vous filer le « vibe » du jour. Pas un mot sur le site de CADA ni dans la promo pour avertir que cette voix, modelée à partir d’une collaboratrice du service finance, n’est pas humaine. Résultat : près de 72 000 auditeurs ont pris pour argent comptant cette animatrice fantôme, convaincus de bénéficier d’un vrai talent diversification-friendly. 

C’est Stephanie Coombes, journaliste pour le newsletter The Carpet, qui a flairé l’arnaque en début avril. Elle a commencé à s’interroger sur l’absence totale de trace de Thy sur les réseaux sociaux, son inexplicable manque de prénom de famille et cette intonation qui ne variera jamais, d’un « old school » à l’autre. Son enquête maison, avec analyse comparative de plusieurs extraits audio, a mis en évidence un modèle vocal trop uniforme pour être humain. 

Mis devant les faits, ARN Media a fini par admettre avoir utilisé ElevenLabs pour générer la voix de Thy, sans rémunérer ni même informer la collaboratrice dont le timbre a servi de base. L’objectif ? Éviter les contraintes liées à l’embauche d’une personne racisée, de la signature du contrat au versement d’un salaire. Cette absence de transparence choque dans un pays où la diversité à l’antenne est un enjeu fort. 

Un tollé s’est levé, avec en tête l’Australian Association of Voice Actors : Teresa Lim, sa vice-présidente, dénonce une « tromperie » qui porte atteinte à la confiance des auditeurs : ils méritent « savoir si la voix qu’ils écoutent est réelle ou un simple programme informatique ». Au-delà de la question salariale, c’est tout le rapport à la sincérité des médias qui est mis à mal. 

Ce n’est pas un cas isolé : des expériences similaires ont déjà été tentées par Sirius XM aux États-Unis ou par des stations en Pologne, certaines abandonnées face au bad buzz. Pour l’instant, aucune réglementation n’oblige à signaler l’usage d’IA en diffusion radio, mais la polémique australienne pourrait bien faire bouger les lignes et inspirer un futur cadre légal. 

Thy, elle, continue de squatter l’antenne, comme si de rien n’était. À l’heure où l’IA repousse sans cesse les frontières du possible, l’affaire CADA ouvre un nouveau chapitre : jusqu’où laissera-t-on les robots se substituer aux humains, et à quel prix pour la diversité et la confiance ?

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